Le réservoir d’essence
L’avantage d’avoir un réservoir d’essence dans le coffre dispense du bouchon antivol mais en contre partie, si le circuit de dégazage n’est pas bien étudié (et c’est ici malheureusement le cas) l’odeur de l’essence va se répandre dans l’habitacle et c’est désagréable (surtout l’été). Avec son reniflard monté d’origine sur le coté, cette disposition n’était pas vraiment heureuse car un virage sur deux, l’essence va forcément s’engouffrer dans celui-ci et le virage suivant dégueuler du coté opposé par la tuyauterie d’évacuation. Il suffit d’emprunter une route de montagne avec 20 litres dans le réservoir pour s’en convaincre!
La FFSA ayant par mesure de sécurité fait évoluer la réglementation sur les réservoirs d’essence, il fallait procéder à quelques petites mises en conformité. Selon le code K applicable aux véhicules anciens, la principale modification était de le remplir d’une mousse alvéolaire spéciale qui limite les risques d’explosion en cas de crash mais surtout, qui supprime les phénomènes de ballotement d’essence à l’intérieur du réservoir. La mousse étant incompatible avec le système de jauge à flotteur d’origine, il nous faudrait vraisemblablement adapter un puits de jauge en solution de remplacement. Le démontage de la plaque qui supporte le bouchon de remplissage, la jauge et la tuyauterie d’aspiration n’a pas été une opération facile: les vis de fixation étant complètement grippées dans la contre-plaque en aluminium dans laquelle elles étaient vissées (l’aluminium et l’inox ne font jamais bon ménage dans le temps à cause des couples électrolytiques qu’ils génèrent). Enfin, une fois la dernière vis contre-percée, on est largement récompensé par l’odeur pestilentielle des résidus d’essence de plus de vingt ans qui ont croupi au fond de ce réservoir.
Voici le réservoir d’essence avant démontage et réaménagement.

L’inspection de la jauge à essence nous conforte dans l’idée qu’il faudra la changer

Coté intérieur du boitier de la jauge, c’est pas mieux!

La crépine sur la tuyauterie d’aspiration est également en état de décomposition avancée et il faut la refaire. Ayant décidé de remplacer la pompe à essence mécanique par une pompe électrique (c’est très commode quand on veut vidanger le réservoir), l’ancienne conduite en cuivre plus ou moins noyée dans le polyester ne sera plus utilisée. Elle sera remplacée par une durite aviation 6-AN qui passera dans le tunnel central. La mise en place des trois blocs de mousse est très facile: on place les deux blocs latéraux et on finit par le bloc central. La tôle de séparation soudée sur la plaque de fermeture sensée limiter les transferts d’essence droite-gauche peut être supprimée. A noter que la mousse restreint la capacité du réservoir d’environ 4%
Les blocs de mousse sont grossièrement découpés pour épouser approximativement les formes du réservoir

Il n’y a plus qu’à mettre le bloc central et à refermer le couvercle.

Fabrication d’un joint pour la plaque de fermeture. J’ai utilisé une feuille de liège aggloméré avec du butyl. Les trous pour le passage des vis sont faits avec une bille et un marteau. Il faut évidemment que le diamètre de la bille soit supérieur au diamètre du trou!

Détail du raccord de la nouvelle tuyauterie de la crépine d’aspiration sur la plaque de fermeture.

Il me fallait aussi restaurer le bouchon du réservoir. Le temps avait cuit les joints et la corrosion commençait à attaquer l’ensemble.
Détail des pièces constitutives du bouchon: le poisson n’a pas les yeux qui brillent, il manque un peu de fraicheur!

Reprise de la portée du siège au tour qui était piqué par la corrosion

Pour mettre une petite touche personnelle, j’ai entrepris de sertir un petit logo Alpine sur le bouchon du réservoir. Après avoir fait un polissage pour supprimer la grisaille du temps, j’ai usiné un petit lamage pour pouvoir y encastrer un logo qui sera collé à l’Araldite.
Polissage

Lamage au tour

Et collage du logo (le reflet dans le bouchon confirme qu’il y a bien eu un polissage)

Dernières opérations sur le bouchon de fermeture: changement des joints (siège de la plaque de fermeture et fond du filetage)

… et contrôle de l’étanchéité au dessus d’une feuille de Sopalin!

La plaque de fermeture peut maintenant être installée. Les vis sont enduites de joint silicone. Si ça pue l’essence, ça ne viendra pas de cette plaque! On aperçoit aussi le support de la nouvelle jauge à mesure capacitive que j’ai réalisé sur les conseils avisés de Maitre PhL. Le détail de sa fabrication sera donné avec la suite de cet article

Le réservoir est maintenant en place dans le coffre avant. Les feuillards de fixation ont été refaits et sont maintenant équipés de grenouilles pour faciliter le montage et le démontage. Le trou du reniflard d’origine a été bouché par un raccord aviation qui a été prévu pour le raccordement éventuel de la ligne de retour d’un régulateur de pression d’essence à trois voies. Le nouveau reniflard est constitué par le tube central de la jauge capacitive …. à suivre

Au hasard de mes recherches sur Internet, j’étais tombé sur l’excellent site de Philippe Loutrel (alias « PhL ») qui s’intitule « Les rois de la bidouille » et dans lequel on trouvait la recette pour transformer sa jauge à flotteur en jauge capacitive tout en conservant l’indicateur d’origine. Le principe très simple d’une jauge sans aucune pièce en mouvement était tout à fait adapté à nos besoins et répondait également à nos contraintes. Cerise sur le gâteau, la plage de la mesure du système proposé pouvait être divisée en plusieurs segments afin de corriger la linéarité du signal pour compenser au maximum les formes biscornues du réservoir. En plus, le boitier électronique en charge de convertir les picofarads en milliampères était d’un prix très raisonnable. Il me fallait donc commencer par fabriquer une jauge capacitive mais c’était pas une grande entreprise car c’est assez facile à réaliser. Il suffit de monter deux tubes de façon concentriques en les entretoisant avec deux manchons isolants à chaque extrémité. Le petit développement supplémentaire que je me proposais d’apporter à ce système c’était d’utiliser le tube interne de cette jauge pour assurer la mise à l’air libre du réservoir (le bouchon est étanche pour éviter les vapeurs d’essence dans le coffre). J’étais convaincu que j’aurais là un reniflard convenablement installé au centre du réservoir (là ou ça remue le moins) avec une communication entre l’air libre et l’intérieur du réservoir passant par une chambre de tranquillisation naturellement constituée par la petite section du tube interne de la jauge; de quoi réduire au minimum les échanges gazeux avec l’extérieur. Voici en quelques photos les détails de notre réalisation.
Nous avons ici les éléments constitutifs de la jauge:
- un tube interne en aluminium de 8 x 4 mm et d’une longueur d’environ 300mm avec un épaulement à chaque extrémité pour positionner les manchons isolants
- un tube externe en aluminium également de 12 x 10mm et d’une longueur d’environ 260mm avec un raccord à bride 8-AN femelle
- un raccord 8-AN mâle réusiné pour recevoir le manchon isolant supérieur
- un bouchon support en aluminium qui s’adapte sur les trous de fixation de la jauge à flotteur d’origine

Détail de la tête de la jauge: le tube externe est relié à la masse et le tube interne est isolé. La vis en extrémité sert pour le raccordement du convertisseur de mesure … et pour le reniflard. On aperçoit sous le raccord du tube externe le petit trou d’évent qui permet la circulation d’air entre les deux tubes en fonction des variations du niveau du réservoir. Le même petit trou est fait en bas juste au dessus du joint isolant pour faire entrer (ou sortir) l’essence. La section réduite de ces trous lamine les fluctuations du niveau dans le réservoir lorsque la voiture traverse des zones agitées.

Ici, la jauge est assemblée et prête à être installée. Elle est montée inclinée sur son support pour pouvoir faire la mesure sur la partie latérale basse. Le joint est celui d’une 4CV; il convient parfaitement pour la Berlinette.

L’extrémité basse du tube interne est obturée par une vis sans tête percée à 1,8mm: c’est la restriction d’entrée de la chambre de tranquillisation

La partie haute est curieuse: elle comporte un banjo pour la durite de mise à l’air libre du réservoir et une cosse pour le raccordement de la mesure du niveau

Evidemment, la vis M5 du banjo a été modifiée: celle là il ne faut pas la perdre car si tu la remplaces par une vis ordinaire, tu risques de chercher longtemps pourquoi au bout de 10 mn de fonctionnement ton moteur s’arrête!

La mise en place de la jauge a nécessité de faire un carottage dans le bloc de mousse central (qu’on devine sur la photo) pour pouvoir glisser aisément le tube jusqu’au fond

La jauge est ensuite testée (mesure de l’isolement et de la capacité … du condensateur)

La prochaine opération sera de fabriquer le convertisseur de mesure et de l’étalonner. Ce sera certainement l’occasion de solliciter les services de l’ami PhL!